Dashain, la grande fête du Népal
À l’automne, lorsque la saison des pluies touche à sa fin et que les paysages du Népal retrouvent leur lumière, le pays se prépare à l’une de ses plus grandes fêtes : Dashain. Pendant quinze jours, les familles se réunissent, les maisons s’animent et les traditions se transmettent de génération en génération.
Dédié à la déesse Durga, Dashain célèbre la victoire du bien sur le mal et atteint son point culminant lors de Vijaya Dashami, le dixième jour. Fête d’origine hindoue et grande fête des récoltes, elle est aussi avant tout un temps de retrouvailles : les Népalais vivant à l’étranger ou dans les grandes villes regagnent leur village natal, tandis que les écoles et de nombreuses administrations ferment leurs portes.
De Katmandou aux villages de montagne, les rues se parent de couleurs, les temples accueillent les fidèles et les familles se retrouvent autour de repas et de cérémonies. Au-delà de sa dimension religieuse, Dashain occupe une place particulière dans la vie culturelle et familiale du Népal.
Plongez avec nous au cœur de cette tradition népalaise !


Le déroulement de Dashain au Népal
Durant Dashain, chaque jour a une signification bien particulière. Les jours les plus importants sont le premier, le septième, le huitième, le neuvième, le dixième et le quinzième jour. En 2026, Dashain se déroule du 17 au 24 octobre.

Jour 1 : Ghatasthapana
Tout commence par l’installation d’un pot en terre, le Kalash, sur un lit de sable et de terre où se trouvent des graines ensemencées. Le rituel, composé de chants et de prières en l’honneur de la déesse Durga, généralement initié par l’homme le plus âgé, consiste à arroser des graines d’orge et d’autres céréales pendant neuf jours, afin d’obtenir des germes, herbe sacrée que l’on appelle Jamara. Cette dernière symbolise la bénédiction divine et la prospérité.
Pour assurer le bon déroulement de ce rituel, les femmes sont traditionnellement réunies dans une autre pièce. Aujourd’hui, avec l’évolution des pratiques, elles sont désormais autorisées à prendre part à cette tradition et à en assurer elles-mêmes la réalisation.
Jour 7 : Phulpati
C’est le jour où le Phulpati, un ensemble d’objets et de plantes sacrés, est traditionnellement acheminé depuis Gorkha jusqu’à Katmandou. Sous la monarchie, il était destiné au palais royal. Depuis son abolition en 2008, la cérémonie officielle se déroule en présence du président de la République et le Phulpati est conduit vers la résidence présidentielle. La procession dure trois jours et les participants revêtent leurs costumes traditionnels.
Jour 8 : Maha Asthami
Le huitième jour, appelé Maha Ashtami, est consacré aux formes les plus puissantes et redoutables de la déesse Durga, notamment Kali. Des sacrifices rituels de buffles, de chèvres et d’autres animaux sont pratiqués dans certains temples et sanctuaires. La viande issue des sacrifices peut ensuite être consommée dans le cadre des repas familiaux.
Jour 9 : Maha Navami
Le neuvième jour, Maha Navami, est consacré à la déesse Durga et aux formes de sa puissance protectrice. Des cérémonies et des offrandes sont organisées dans les temples et les foyers, et des sacrifices rituels sont encore pratiqués dans certains lieux.
À Katmandou, le temple de Taleju, habituellement fermé au public, ouvre exceptionnellement ses portes. Cette journée est également marquée par la bénédiction des outils, des véhicules et des instruments de travail, que l’on décore de fleurs et de poudres colorées. Des prières leur sont adressées pour assurer protection et prospérité au cours de l’année à venir.
Jour 10 : Dashami
Le dixième jour de Dashain, appelé Vijaya Dashami, marque l’un des moments les plus importants de la fête. Ce jour-là, les plus jeunes rendent visite à leurs aînés pour recevoir leur bénédiction. Ceux-ci leur apposent sur le front le tika, qui, à l’occasion de Dashain, est composé de poudre rouge, de vermillon, de riz et de yaourt. Puis, ils leur offrent le jamara, de jeunes pousses d’orge cultivées spécialement pour Dashain. À travers ces gestes, les aînés souhaitent aux plus jeunes force, protection, prospérité et bonheur pour l’année à venir. Le jamara, symbole de croissance et de renouveau, accompagne ainsi cette transmission de bénédictions entre les générations.
C'est l’occasion de retisser les liens entre les membres de la famille, mais également au sein de la communauté.
Jour 15 : Kojagrat Purnima
Le quinzième et dernier jour de Dashain, Kojagrat Purnima, coïncide avec la pleine lune et clôture les célébrations. Cette nuit est associée à Lakshmi, la déesse de la richesse et de la prospérité. Selon la tradition, elle veille sur les foyers et bénit ceux qui restent éveillés. Cette dernière journée vient ainsi clore deux semaines de célébrations placées sous le signe de la famille, des bénédictions et de la prospérité.

L’origine et le symbolisme de Dashain
Dashain est la célébration de la victoire des divinités contre les démons, ou de la victoire du bien sur le mal, symbolisée par la victoire de la déesse Durga sur le démon Mahishasura. On rend donc hommage à cette déesse suprême qui a vaincu le mal.
Célébré après la mousson, au début de l’automne, Dashain est également associé aux récoltes, à l’abondance et à la prospérité.
Mais Dashain est bien plus qu’une fête religieuse, c’est une période de rassemblement familial, de traditions et d’unité. Ce festival rassemble des millions de personnes, tant au Népal que dans la diaspora à travers le monde. Il est rempli de rituels, de festins somptueux et de moments qui renforcent les liens familiaux et communautaires, rappelant l’importance de la famille et de l’harmonie.
Un moment d’unité et de transmission
Dans un monde en constante évolution, Dashain symbolise la constance des traditions et des valeurs humaines. Que ce soit pour nourrir les liens familiaux, ou invoquer une force spirituelle, Dashain demeure une source d’ancrage et de célébration pour des millions de personnes, un moment fort de cohésion sociale et familiale.
Cette fête transcende les confessions religieuses pour devenir une grande fête à laquelle croyants ou non participent avec enthousiasme.
Avec son mélange unique de récits mythologiques et d’activités communautaires, Dashain est bien plus qu’une date sur le calendrier népalais. C’est un rappel puissant de la préservation des traditions, un symbole important de culture, d’unité et de transmission des valeurs.
Voyager au Népal pendant Dashain, c'est être accueilli non pas en simple visiteur, mais presque en témoin d'une intimité collective. C'est aussi accepter le rythme du pays : administrations fermées, ateliers au ralenti, une capitale qui respire autrement.
Dashain n'est pas un spectacle qu'on regarde. C'est une invitation à ralentir, à se laisser porter par des rituels vieux comme les montagnes, et à comprendre, l'espace de quinze jours, ce que signifie vraiment rentrer chez soi.



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Texte écrit par Sylvie Hollo